Se sentir partagé entre deux univers, c’est le lot de bien des parents qui jonglent chaque jour avec rendez-vous professionnels et impératifs familiaux. Les attentes extérieures, comme celles qu’on s’impose à soi-même, finissent parfois par peser lourd, laissant un goût amer de culpabilité lorsqu’on pense privilégier un domaine au détriment de l’autre.
Pour beaucoup, la cellule familiale offre un socle inébranlable, presque vital. D’autres puisent leur énergie dans leur métier, où ils trouvent reconnaissance et accomplissement. La vraie difficulté, c’est de ne pas se laisser enfermer dans un choix binaire. C’est là que communication et adaptabilité deviennent des alliées précieuses : elles ouvrent la voie à des solutions sur-mesure, capables de réconcilier ces deux sphères indissociables de la vie.
Comprendre les enjeux : famille et carrière
La tension entre exigences du travail et responsabilités parentales s’invite dans la vie de bon nombre de familles actives. Anne Peymirat, coach parental et autrice de l’ouvrage ‘Le syndrome du wonderparent’, observe que cette pression constante engendre souvent de la frustration, aussi bien au bureau qu’à la maison. On se sent balloté d’un univers à l’autre, sans jamais vraiment trouver sa place.
L’expérience de Camille Moreau, directrice marketing chez LittleBig Connection, en dit long. Lorsqu’elle a accueilli son premier enfant, en pleine période de confinement, elle a mesuré toute la difficulté de répondre aux attentes de l’entreprise tout en assurant auprès de son nouveau-né. Un véritable défi, partagé par beaucoup.
Les témoignages de personnalités influentes
Plusieurs voix au parcours inspirant illustrent la diversité des choix possibles face à cette double vie professionnelle et familiale :
- Pascal Van Hoorne, spécialiste de la parentalité, a fait le pari audacieux de quitter un poste de manager dans un grand cabinet d’avocats lorsque ses jumeaux sont arrivés. Sa décision incarne le choix de placer la famille au premier plan.
- Judith Aquien, co-créatrice du Parental Challenge et autrice de ‘Trois mois sous silence’, met en lumière une réalité bien connue mais peu dite : les jeunes pères bénéficient fréquemment de promotions, là où les jeunes mères peinent à retrouver leur concentration professionnelle.
- Pour la philosophe Sylviane Agacinski, il est urgent de cesser de considérer la maternité comme un frein à la carrière des femmes.
La complexité de ces enjeux saute aux yeux. Trouver la bonne formule nécessite d’analyser sa propre situation et d’accepter que chaque famille trace son propre chemin, au prix d’ajustements réguliers.
Stratégies pour équilibrer vie professionnelle et vie familiale
Quand il s’agit de composer avec les attentes du travail et celles du foyer, plusieurs approches méritent d’être testées pour réduire la pression au quotidien. Anne-Cécile Charil, responsable développement chez Santé Mobilité Services, a repris un poste à temps plein avec de nombreux déplacements juste après son troisième enfant. Son credo : classer les priorités et s’appuyer sur une équipe fiable pour déléguer efficacement.
De son côté, Caroline Dumond, aujourd’hui à la tête des Premières Sud après une carrière chez Air Liquide, mise sur la qualité plutôt que la quantité. Elle concentre son énergie là où elle se trouve, quitte à laisser de côté ce qui peut attendre. Résultat : une efficacité décuplée et une présence accrue auprès de ses proches.
Sabine, productrice de concerts et maman de deux enfants, a choisi de réorganiser son emploi du temps après la naissance de son fils pour profiter davantage de ses enfants. Sa méthode : accepter de ne pas tout contrôler et adopter une gestion du temps plus souple.
Voici quelques exemples de démarches concrètes adoptées par d’autres parents actifs :
- Rachel, cadre supérieure et mère de trois enfants, a mis sa carrière sur pause pendant un an après la naissance de sa dernière fille. Cette parenthèse lui a permis de revenir plus apaisée et de mieux répartir ses engagements professionnels.
- Cécile, mère de famille, a su dépasser sa frustration en réévaluant ses priorités et ses aspirations. Elle recommande de s’interroger régulièrement sur ses attentes afin d’harmoniser ses deux univers.
Ce panorama de solutions montre bien qu’il n’existe pas de recette universelle. À chaque famille son équilibre, à chaque parent ses compromis et ses choix.
Gérer la culpabilité : conseils pratiques
Faire la paix avec la culpabilité qui surgit dès qu’on sent vaciller la frontière entre famille et travail n’est pas une mince affaire. Anne Peymirat souligne combien la pression de la réussite sur tous les fronts finit par miner la confiance des parents actifs, qui se sentent rarement à la hauteur dans l’un ou l’autre domaine.
Le témoignage de Camille Moreau, marquée par l’arrivée de son premier enfant en plein confinement, illustre ce sentiment de tiraillement partagé par tant de familles. Pourtant, quelques pratiques simples peuvent atténuer ce malaise :
- Accepter ses limites : reconnaître qu’on ne peut pas exceller partout permet de relâcher la pression et d’être plus indulgent envers soi-même.
- Définir ses priorités : faire le tri entre l’essentiel et l’accessoire, et se concentrer sur ce qui compte vraiment.
- Communiquer avec son entourage : exprimer ses besoins, ses contraintes, que ce soit avec le conjoint, les collègues ou la hiérarchie, pour éviter les malentendus.
- Prendre du temps pour soi : s’offrir des moments de respiration, loin des obligations, pour mieux rebondir ensuite.
Pascal Van Hoorne, qui a quitté son poste à la naissance de ses jumeaux, insiste sur la nécessité de partager les responsabilités au sein du couple, histoire de répartir plus équitablement la charge mentale.
Judith Aquien rappelle que les trajectoires professionnelles divergent souvent selon le genre dès la naissance du premier enfant, et Sylviane Agacinski souligne la nécessité d’un changement de regard sur la maternité dans le monde du travail.
Ressources et témoignages pour vous inspirer
Pour les parents et proches aidants, s’entourer des bonnes ressources peut faire toute la différence. CBC/Radio-Canada, par exemple, met en place des dispositifs qui allègent le quotidien des familles : congés parentaux allongés, horaires aménagés, accompagnement psychologique… Autant d’outils pour aider à tenir le cap.
Anne-Cécile Charil a su jongler avec une reprise à temps plein et de nombreux déplacements après la naissance de son troisième enfant, tout en maintenant une organisation sans faille et un solide soutien de ses proches. Son expérience prouve qu’un équilibre exigeant reste accessible avec du soutien et de l’anticipation.
Caroline Dumond a, elle aussi, trouvé sa formule : privilégier l’essentiel et déléguer autant que possible, sans perdre de vue la qualité du travail réalisé.
Sabine a fait évoluer ses priorités pour accorder plus de place à ses enfants, sans sacrifier son métier de productrice.
Pour Rachel, l’année de congé parental s’est révélée salutaire : elle a pu se recentrer, repenser ses priorités et retrouver un équilibre satisfaisant.
Cécile insiste sur l’utilité d’être entourée, et sur l’importance de réévaluer régulièrement ses objectifs professionnels comme personnels pour avancer plus sereinement.
Chacun de ces parcours rappelle que la conciliation entre vie professionnelle et familiale n’a rien d’un long fleuve tranquille. Mais à force d’ajustements, de choix audacieux ou d’organisations créatives, il est possible de s’inventer une harmonie, aussi singulière qu’épanouissante. Ce fragile équilibre, patiemment construit, reste le meilleur antidote à la culpabilité.


